Menacés de mort par les Talibans, Aziz Kalmani et Ajmal Hotaki doivent être expulsés ce soir vers leur pays. Joints dans le centre de rétention de Lille Lesqin, ils témoignent de leur détresse. (L’Humanité du 15 décembre 2009)
Depuis qu’ils ont appris, samedi, qu’ils doivent être renvoyés en Afghanistan, Ajmal Hotaki et Aziz Kalmani, 22 et 25 ans, n’ont plus « ni nuit, ni jour, ni repos ». « Nous passons notre temps à tourner en rond, sans manger ni dormir : nous ne savons pas ce que nous allons devenir, nous ne savons même plus si c’est ce soir ou demain nous devons être déportés », expliquaient-ils hier avant de faire le récit des menaces de mort que leur ont faites les Talibans. Depuis le Centre de rétention de Lille-Lesquin, où ils sont retenus depuis 20 jours pour le premier, depuis 14 pour le second, ils racontent les raisons de leur détresse.
Ajmal Hotaki vient de la région de Kunduz, où quelques temps avant son départ, 250 personnes ont été tuées par les Talibans. « J’ai moi-même été capturé à deux reprises, explique-t-il. La première fois, ils m’ont accusé de travailler avec le gouvernement et m’ont retenu pendant un mois, ils m’ont même cassé le bras. La seconde fois, ils voulaient que je commette un attentat suicide pour eux. J’ai refusé. Mon père m’a dit : nous devons sauver au moins une vie, tu es jeune, quitte ce pays. Et voilà huit mois que je suis parti. » Ajmal est arrivé il y a un mois en France. Il n’a pas demandé l’asile : « quand j’ai vu autour de moi tous ces réfugiés, qui pourtant ont obtenu des documents officiels, dormir dehors dans le froid, je me suis dit que je ne voulais pas rester dans ce pays mais aller en Angleterre. Et maintenant c’est trop tard. »
Aziz Kalmani vient aussi de Kunduz mais habitait « en dehors de la ville, dans un endroit où il y a beaucoup de Talibans. » Il a fui l’Afghanistan quand ces derniers l’ont menacé de mort, il y a cinq mois, pour n’avoir pas voulu les rejoindre. « Comme je travaillais avec le parti Afghan Mellat, qui supportait Ahmid Karzaï pour l’élection présidentielle, la pression s’est amplifiée et j’ai dû fuir. » En France, Aziz a officiellement déposé une demande d’asile. « Mais elle a été rejetée, et je ne sais plus quoi faire. J’ai emprunté beaucoup d’argent pour venir, 11 000 euros. Et je n’ai aucun moyen de les rembourser ».
Aziz devait être présenté hier à l’ambassade d’Afghanistan. Ajmal au tribunal : la veille, le traducteur qui lui avait été proposé était « un Kurde qui ne parlait pas le pachtou, ma langue, mais uniquement le farsi. Quand le juge s’est aperçu que nous ne nous comprenions pas, il m’a demandé de revenir une autre fois. » A l’idée de rentrer, leur panique est totale. « C’est comme si quelqu’un buvait mon sang », raconte Aziz. « Je préfèrerais encore être tué et découpé en cent morceaux plutôt que de rentrer », conclut Ajùal. Hier, sept autres Afghans, promis au même sort, étaient retenus dans le centre de Coquelles aux environs de Calais où ils ont été arrêtés. Leur colère est telle, qu’ils ne veulent plus parler à personne.
Anne Roy (traduction Hanan Jaji)
paru le 19.10.2009
Après le saccage du centre-ville, la condamnation à de la prison ferme pour trois personnes a été un nouveau choc. Convaincus qu’elles paient pour d’autres, étudiants, amis, famille et élus ont manifesté samedi pour témoigner de leur révolte.
Poitiers, envoyée spéciale.
Une semaine après les saccages du 10 octobre, le centre-ville de Poitiers était, samedi, à nouveau investi par la foule. Pancartes en main, avec un mot d’ordre : le calme. Les manifestants sont venus témoigner leur solidarité à Samuel et Jean-Salvy, deux jeunes étudiants poitevins condamnés à un mois de prison ferme. La veille déjà , ce comité de soutien improvisé s’était réuni dans un amphithéâtre bondé de l’université de sciences humaines. Parents, amis, militants, élus ou professeurs ont parlé d’une même voix : pour eux, les deux étudiants de vingt ans sont innocents des faits qui leur sont reprochés (« jet de projectile sur les forces de l’ordre ») et ont payé, pour d’autres, l’impuissance des forces de police et leur engagement militant dans les mouvements lycéens et étudiants. lire en entier
reportage publié le 12.10.2009
Embauchés au SMIC, les adjoints de sécurité ont le sentiment de servir de « bouche-trous » avant d’être remerciés au bout de cinq ans.
Ils sont « motivés », voire « ultramotivés ». La police, pour eux, c’est « une vocation », quasiment de l’ordre de l’inexplicable : « L’attrait de l’uniforme, le respect qu’il impose, le port de l’arme… J’admirais beaucoup la police avant d’y entrer », explique l’une. L’autre avait « un petit ami gardien de la paix qui lui avait donné un aperçu du métier ». Le troisième a « toujours aimé et l’armée et la police ». Leurs parcours ou leurs villes sont différents, leur sentiment est identique : comme une majorité d’adjoints de sécurité (ADS), des policiers recrutés au SMIC pour un contrat de cinq ans, la déception d’Aurélie, de Jennifer et de Cédric (1) est à la mesure de leur enthousiasme. Incorporés en 2004 pour ce dernier et en 2005 et 2008 pour ses deux consoeurs, ces jeunes adultes âgés de vingt-cinq à vingt-neuf ans voient leurs perspectives d’avenir s’amenuiser à mesure que le temps passe. S’ils ont choisi cette voie, payée 1 150 euros net - soit « vingt euros de trop pour toucher les allocations - logement » -, c’est qu’on la leur avait présentée comme une première marche pour intégrer les rangs de la police et devenir, par concours interne, gardien de la paix, autrement dit fonctionnaire. Mais les chances de passer le concours sont de plus en plus rares. Et pour ces « précaires de la police », le coup est rude. lire en entier
Article paru le 13 octobre 2009
Il avait dix-neuf ans quand il a fui l’Afghanistan, pris en étau entre les menaces des talibans et les pressions de l’armée américaine. Après six ans d’errance à travers l’Europe, le voilà pour la seconde fois à Calais : en 2007, il a été renvoyé en charter, de Londres vers Kaboul. Hanan nous raconte son interminable exil.

Calais, envoyée spéciale.
Il a fui « un pays en guerre », un pays « où trente-sept nations sont venues se battre ». Voilà plus de six ans qu’Hanan est parti d’Afghanistan. Six ans d’errance. Six ans à travers les plaines et les montagnes, les villes et même la mer. Six ans à pied, en bus, en train, en « bateau », à avancer et souvent à attendre, caché dans les bois, dans un appartement, en prison. Ou à reculer, refoulé plusieurs étapes en arrière. Puis à avancer à nouveau. Si le récit de ce jeune Afghan résonne aujourd’hui de façon particulière, ce n’est pas uniquement par sa durée. C’est aussi parce qu’il a déjà atteint une première fois son objectif, l’Angleterre. Refoulé en charter, il a dû recommencer une seconde fois son long et périlleux exil. Aujourd’hui, Hanan est en attente d’une solution pour passer, une seconde fois, de l’autre côté de la Manche. Alors que des rumeurs persistantes parlent d’un charter en préparation pour l’Afghanistan, son histoire prouve, s’il le fallait encore, combien ce projet est inhumain. Inhumain et inutile. lire en entier
Salaires de misère, protection sociale inexistante, et même pas le droit de se plaindre : pain béni pour les entreprises, le travail en prison doit en plus faire face à la crise.

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Reportage au centre pénitentiaire de Châteauroux.
Envoyée spéciale.
Saisir une poignée, y apposer une pince en plastique d’un coup de marteau, l’emballer dans un étui, placer le tout dans un carton, saisir une nouvelle poignée, recommencer. Voilà deux ans et demi que Yannick [1] travaille à l’atelier de conditionnement de la maison d’arrêt de Châteauroux. Ses mains sont tellement habituées qu’il parle sans même regarder ce qu’il fait. Installé sur « une chaise d’écolier » rehaussée d’un carré de mousse qu’il a fabriqué pour ne pas avoir mal au dos, il plaisante : « On monte des poignées de porte pour les mettre en magasin. Le plus comique, ce serait qu’on fabrique des clés… » Yannick a l’humour potache et, dit-il, « n’est pas du genre de ceux qui se suicident ». Il a « une famille, deux enfants ». C’est d’ailleurs pour eux qu’il part chaque jour gagner sa « paye de prisonnier » : 12 centimes la pièce. Ce qui lui fait « entre 150 et 200 euros » par mois, pour soixante à cent heures à l’atelier. « Le travail, c’est déjà bien qu’il y en ait, alors on ne va pas trop se plaindre, y en a dehors qui n’en ont pas », résume-t-il. lire en entier
Traqués par le régime de Ben Ali, ils ont rejoint l’Europe par la Libye. Récit d’une dangereuse odyssée qui illustre la violence des politiques migratoires européennes.
L’un a des cicatrices de balles dans le dos, un autre porte encore une énorme blessure au crâne. Ils sont arrivés à Nantes en octobre et en mai, au terme d’un long périple à travers la Tunisie, la Libye et l’Italie. Ces trois Tunisiens vivent aujourd’hui encore terrés et traqués. Ils ont accepté de raconter, bien sûr de façon anonyme, leur terrible odyssée.
Tunisie : les raisons d’une fuite
S. soulève son tee-shirt et montre deux cicatrices de balles, en bas du dos. C’était il y a bientôt un an, le 6 juin. Manifestations, répressions syndicales, intimidations : depuis plusieurs semaines et la révélation d’une affaire de corruption dans un climat de mise au ban de toute sa région, le bassin minier de Gafsa, où 40 % de la population est au chômage, la ville de Redeyef, où il vit, est en état de siège (voir ci-contre). Anecdote symptomatique du mépris des autorités pour la population de ces terres à quatre cents kilomètres au sud-ouest de Tunis, connues depuis le début du siècle pour être un bastion des revendications sociales en Tunisie, il venait justement de s’entendre dire à la sous-préfecture, où il était allé chercher du travail : « Mieux vaut encore prendre une corde et te pendre. » –>